Le nombre d’amis ne dit pas tout de notre solitude, selon une étude de 2008
Deux échelles de mesure, une définition datée de 1981 et une étude auprès de 225 personnes de plus de 50 ans montrent que la solitude se joue dans la perception des liens.
En bref
- Être entouré n’empêche pas de se sentir seul, et vivre à l’écart n’implique pas de souffrir.
- La solitude se définit comme un écart entre les relations vécues et celles que l’on souhaite.
- Deux échelles permettent de la mesurer, chacune avec son angle.
- Une étude de 2008 montre que la perception des liens compte autant que leur nombre.
On peut avoir des amis, être entouré du matin au soir et se sentir seul. À l’inverse, on peut vivre relativement à l’écart sans éprouver la moindre solitude. Ce constat, que le texte rattache à Carl Jung en 1957, est rapporté par Futura, qui détaille la façon dont les chercheurs l’ont étudié.
Un paradoxe que la psychologie a exploré
Ce paradoxe a donné lieu à de multiples travaux de psychologie. Ceux-ci insistent sur un point : l’isolement social et la solitude ne vont pas forcément de pair. Le premier terme décrit une situation, le second un ressenti. Quelqu’un qui croise beaucoup de monde peut donc souffrir de solitude, et un autre, peu entouré, s’en trouver parfaitement bien.
La solitude, un écart entre ce qu’on vit et ce qu’on souhaite
Dans Personal Relationships in Disorder, paru chez Academic Press en 1981, Daniel Perlman et Letitia Anne Peplau ont proposé une définition de la solitude. Elle déplace la question : il ne s’agit plus de savoir combien de personnes nous entourent, mais si ces relations correspondent à ce que l’on désire ou juge nécessaire.
Pour évaluer sa propre situation, le critère n’est donc pas un compte d’amis. Selon l’article, ce qui compte est la distance entre les relations que l’on possède et celles dont on pense avoir réellement besoin, bien plus que le nombre d’amis ou de relations.

Deux échelles pour mesurer la solitude
La solitude se mesure, avec des outils qui n’examinent pas le même aspect du phénomène. Les chercheurs s’appuient notamment sur deux échelles.
| Échelle | Format | Ce qu’elle évalue |
|---|---|---|
| UCLA Loneliness Scale | Test de 20 questions, très utilisé par les chercheurs | Le vécu subjectif de la solitude et de l’isolement |
| De Jong Gierveld Loneliness Scale | Mesure distinguant deux formes de solitude | La solitude émotionnelle, faite d’un manque de relations intimes, et la solitude sociale, faite d’un manque de réseau d’amis |
La seconde échelle sépare ainsi deux manques : celui de relations intimes et celui d’un réseau d’amis. La première, elle, porte sur l’expérience subjective de la solitude et de l’isolement.
L’étude de 2008 : avoir des relations n’est pas se sentir relié
En 2008, une équipe américaine s’est intéressée à la fois à la taille du réseau social de ces participants et à la qualité subjective de leurs relations. Les résultats ont été publiés dans le Journal of Gerontology.
Ils indiquent que les caractéristiques structurelles du réseau sont associées au sentiment de solitude notamment à travers la manière dont les relations sont perçues. Posséder des relations ne revient donc pas forcément à se sentir relié aux autres : la perception que l’on a de ses liens pèse dans le sentiment de solitude, au-delà de la simple composition du réseau.
C’est cette étude qui illustre le mieux le paradoxe de départ. Un réseau fourni sur le papier ne garantit pas le sentiment d’être relié, tandis que la façon dont chacun juge ses relations, au regard de ce dont il estime avoir besoin, éclaire le ressenti de solitude.
Photo : Ken Salva / Pexels
