Au Brésil, les territoires autochtones face à la menace d’un second tour favorable à Bolsonaro
Arrivé en tête du premier tour avec 47,03 % des voix, Flávio Bolsonaro promet de lever les entraves environnementales, et le Parlement pourrait l’y aider.
En bref
- Le second tour oppose Flávio Bolsonaro à Lula da Silva, six jours après le 19 octobre.
- Sous Jair Bolsonaro, 20 000 orpailleurs ont envahi le territoire yanomami.
- Le programme de Flávio prévoit des autorisations environnementales irrévocables pendant vingt ans.
- Les territoires autochtones ne représentent que 1,7 % de la déforestation, selon un avocat.
Une victoire de Flávio Bolsonaro au second tour ferait peser sur l’Amazonie et sur les peuples autochtones un risque que son père a déjà fait vivre au pays, et que son programme prolongerait. Selon Reporterre, le candidat du Parti libéral (PL) a devancé le président sortant Lula da Silva au premier tour du 4 octobre, avec 47,03 % des voix contre 45,16 %. Le résultat du second tour n’est pas connu.
Un rapport de force qui lui serait favorable
Le PL reste la première force aux législatives du 4 octobre : 121 sièges sur 513 à la Chambre des députés, 28 élus sur 81 au Sénat. S’il l’emportait, Flávio Bolsonaro pourrait aussi nommer quatre des onze juges du Tribunal suprême fédéral, où son père en avait déjà placé deux.
Jair Bolsonaro, au pouvoir de 2019 à 2023, a été condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État. En juillet, lors de l’investiture de son fils par le PL, une vidéo a recréé par intelligence artificielle l’ancien président, qui y présentait Flávio comme « le sang de [son] sang ».
Le précédent mandat, point de comparaison
Cette dernière hausse a conduit la police fédérale à ouvrir une enquête pour génocide en 2023. Pour José Antonio Puppim de Oliveira, professeur en gouvernance climatique à la Fondation Getulio Vargas, « la protection de l’environnement ne fait pas partie du spectre idéologique des Bolsonaro, qui la voient comme un frein à la croissance économique ».

Ce qu’il a tenté, ce qu’il promet
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Loi de 2019 (coauteur) | Fin des réserves légales, qui imposent de conserver 20 % de végétation native, 80 % en Amazonie ; selon l’université de São Paulo, jusqu’à 167 millions d’hectares de forêts menacés |
| Amendement sur le littoral | Rapporteur, cinq ans plus tard, d’un texte ouvrant la voie à la privatisation des territoires du bord de mer |
| Sort de ces deux projets | Abandonnés, en grande partie à cause de la réaction de l’opinion |
| Agences environnementales | Promesse de « supprimer les superpositions » entre l’Ibama, la Funai et l’ICMBio |
| Autorisations | Selon la Folha de São Paulo, octroi automatique si l’Ibama ne statue pas dans un délai non précisé, puis validité irrévocable de vingt ans, alors qu’elles sont aujourd’hui révisables |
| Repère temporel | Loi limitant les revendications autochtones aux terres occupées le 5 octobre 1988, jugée inconstitutionnelle par le Tribunal suprême fédéral en décembre 2025 |
L’avocat Ciro Brito juge la promesse sur les agences « difficile à comprendre » et rappelle que « les instruments de contrôle sont nos principaux outils pour préserver l’environnement ». Une semaine après le premier tour, le nombre de départs de feux en Amazonie a doublé.
Sur le terrain : soja, territoires et menaces
Le 22 avril, lors d’une foire agricole au Mato Grosso, Flávio Bolsonaro a déclaré : « Si cela dépend de notre gouvernement, aucune réserve [autochtone] ne sera délimitée car la vocation de l’État est la production. » Il cite en modèle des Pareci, Manoki et Nambikwara du Mato Grosso passés au soja intensif. Dans un podcast du 6 août, il affirmait que les autochtones « ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour voir danser et faire du feu avec du bois ».
Sur place, la tension est déjà perceptible. Le 12 octobre, la Folha de São Paulo révélait que des membres de l’ethnie Apyterewa, dans l’État du Pará, avaient reçu des menaces d’invasion en cas d’élection de Flávio Bolsonaro.
Photo : Matheus Bertelli / Pexels
