Une protéine d’algue redonne un peu de vue à sept patients aveugles sur dix
Publiée dans The New England Journal of Medicine, une étude franco-suisso-américaine teste l’optogénétique contre la rétinite pigmentaire chez dix malades.
Une thérapie fondée sur une protéine d’algue a amélioré la sensibilité à la lumière de sept patients aveugles sur dix, selon une étude parue dans The New England Journal of Medicine.
En bref
- Le Nobel de médecine 2026, remis le 5 octobre, récompense les trois inventeurs de l’optogénétique.
- La protéine utilisée vient de l’algue Chlamydomonas reinhardtii, surnommée « levure verte ».
- L’essai visait d’abord à évaluer la sécurité du traitement chez des malades de rétinite pigmentaire.
- Des lunettes à réalité augmentée complètent la thérapie génique.
D’une algue verte au prix Nobel
Le calendrier donne du relief à ces travaux. Le 5 octobre, le prix Nobel de médecine 2026 a distingué les trois scientifiques à l’origine de l’optogénétique, la technique même qui sert de base à cet essai.
Son principe tient en une idée simple à énoncer : faire fabriquer à des neurones une protéine qui réagit à la lumière. On insère dans ces cellules un gène qui code pour la channelrhodopsine, un canal logé dans la membrane. Éclairée en bleu, cette molécule se déforme, son canal ionique s’ouvre et des ions positifs pénètrent dans la cellule. Résultat, un influx nerveux se déclenche.
Cette protéine n’a pas été inventée en laboratoire. Elle provient d’une algue faite d’une seule cellule, Chlamydomonas reinhardtii, que l’on surnomme parfois « levure verte ».

Une maladie qui éteint la rétine
L’équipe s’est attaquée à la rétinite pigmentaire. Cette affection détruit peu à peu les cellules de la rétine chargées de transformer la lumière en message nerveux, jusqu’à la cécité. Elle concernerait environ 16 000 personnes en France et près de 2 millions à l’échelle mondiale.
Des chercheurs français, suisses et américains ont mené l’essai avec l’entreprise française GenSight Biologics. Ils ont inclus dix malades, avec un objectif prioritaire : vérifier que le traitement est sûr.
Le protocole, étape par étape
- Remplacer la lumière bleue, qui risque d’abîmer l’œil, par une version modifiée de la channelrhodopsine réagissant à une lumière jaune ambrée, moins agressive.
- Injecter, sous anesthésie locale, des virus génétiquement modifiés qui transportent le gène jusqu’aux cellules ganglionnaires de la rétine.
- Patienter trois mois, le temps que ces cellules produisent la protéine.
- Équiper les patients de lunettes à réalité augmentée : une caméra filme la scène puis la renvoie sur la rétine dans la couleur à laquelle la protéine est sensible.
- Rééduquer chacun pour caler les lunettes sur la zone traitée, au centre de la rétine, et apprendre à balayer l’environnement du regard afin de repérer les objets.
Des progrès réels mais très inégaux
Quelques effets indésirables, d’intensité légère à modérée, ont été relevés. L’écart entre un gain doublé et un gain multiplié par soixante-deux interroge. Les chercheurs avancent plusieurs pistes : une maladie plus ou moins ancienne selon les patients, un reflux du produit lors de l’injection, ou des conditions d’entraînement et de stimulation qui n’étaient pas identiques.
Dans la vie concrète, les tests comportementaux consistaient par exemple à attraper un objet ou à indiquer l’orientation de barres. Côté cerveau, une électroencéphalographie de haute densité a enregistré dans le cortex des réponses en accord avec la forme des objets observés.
« des éléments de preuve concernant l’innocuité et l’efficacité de l’optogénétique dans le traitement de la rétinite pigmentaire »
Karl Desseroth, l’un des trois chercheurs récompensés par le prix Nobel
Ce qu’il faut garder en tête
Il s’agit d’une amélioration partielle, pas d’un retour à une vision normale, observée sur un petit groupe. Comme le rappelle Futura, ces premiers résultats devront être confirmés sur un nombre bien plus large de patients.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Fernando Capetillo. Licence Pexels.
